Histoires de Chèvres

Les deux Chèvres

 

 

Dès que les Chèvres ont brouté, 
Certain esprit de liberté 
Leur fait chercher fortune ; elles vont en voyage 
Vers les endroits du pâturage 
Les moins fréquentés des humains. 
Là s'il est quelque lieu sans route et sans chemins, 
Un rocher, quelque mont pendant en précipices, 
C'est où ces Dames vont promener leurs caprices ; 
Rien ne peut arrêter cet animal grimpant. 
Deux Chèvres donc s'émancipant, 
Toutes deux ayant patte blanche, 
Quittèrent les bas prés, chacune de sa part. 
L'une vers l'autre allait pour quelque bon hasard. 
Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche. 
Deux Belettes à peine auraient passé de front 
Sur ce pont ; 
D'ailleurs, l'onde rapide et le ruisseau profond 
Devaient faire trembler de peur ces Amazones. 
Malgré tant de dangers, l'une de ces personnes 
Pose un pied sur la planche, et l'autre en fait autant. 
Je m'imagine voir avec Louis le Grand 
Philippe Quatre qui s'avance 
Dans l'île de la Conférence. 
Ainsi s'avançaient pas à pas, 
Nez à nez, nos Aventurières, 
Qui, toutes deux étant fort fières, 
Vers le milieu du pont ne se voulurent pas 
L'une à l'autre céder. Elles avaient la gloire 
De compter dans leur race (à ce que dit l'Histoire) 
L'une certaine Chèvre au mérite sans pair 
Dont Polyphème fit présent à Galatée, 
Et l'autre la chèvre Amalthée, 
Par qui fut nourri Jupiter. 
Faute de reculer, leur chute fut commune ; 

Toutes deux tombèrent dans l'eau. 
Cet accident n'est pas nouveau 
Dans le chemin de la Fortune. 

 Jean de la Fontaine

 

 

 

La chèvre le Chevreau et le loup 

 

 

 

La Bique allant remplir sa traînante mamelle 
Et paître l'herbe nouvelle, 
Ferma sa porte au loquet, 
Non sans dire à son Biquet : 
Gardez-vous sur votre vie 
D'ouvrir que l'on ne vous die, 
Pour enseigne et mot du guet : 
Foin du Loup et de sa race ! 
Comme elle disait ces mots, 
Le Loup de fortune passe ; 
Il les recueille à propos, 
Et les garde en sa mémoire. 
La Bique, comme on peut croire, 
N'avait pas vu le glouton. 
Dès qu'il la voit partie, il contrefait son ton, 
Et d'une voix papelarde 
Il demande qu'on ouvre, en disant Foin du Loup, 
Et croyant entrer tout d'un coup. 
Le Biquet soupçonneux par la fente regarde. 
Montrez-moi patte blanche, ou je n'ouvrirai point, 
S'écria-t-il d'abord. (Patte blanche est un point 
Chez les Loups, comme on sait, rarement en usage.) 
Celui-ci, fort surpris d'entendre ce langage, 
Comme il était venu s'en retourna chez soi. 
Où serait le Biquet s'il eût ajouté foi 
Au mot du guet, que de fortune 
Notre Loup avait entendu ? 
Deux sûretés valent mieux qu'une, 
Et le trop en cela ne fut jamais perdu.

Jean de la Fontaine

 

 

 

 

Le Renard et le Bouc 

 

 

Capitaine Renard allait de compagnie 
Avec son ami bouc des plus haut encornés 
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez;  
L'autre était passé maître  en fait de tromperie.  
La soif les obligea de descendre en un puits. 

Là, chacun d'eux se désaltère.  
Après qu'abondamment tous deux en eurent pris, 
Le renard dit au bouc:« Que ferons-nous compère?  
Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici. 
Lève tes pieds en haut et tes cornes aussi;  
Mets les contre le mur: Le long de ton échine 

Je grimperai premièrement ;

Puis sur tes cornes m'élevant, 

A l'aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai, 

Après quoi je t'en tirerai. 
-Par ma barbe-, dit l'autre, il est bon; et je loue 

Les gens bien sensés comme toi. 

Je n'aurais jamais, quant à moi,  
Trouvé ce secret, je l'avoue.»  
Le renard sort du puits, laisse son compagnon,  
Et vous lui fait un beau sermon  
Pour l'exhorter à patience.  
«Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence,
Autant de jugement que de barbe au menton,  
Tu n'aurais pas, à la légère,  
Descendu dans ce puits. 

or,adieu, j'en suis hors ;
Tâche de t'en tirer et fais tous tes efforts;  

Car, pour moi, j'ai certaine affaire  

 

 

Jean de la Fontaine 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

La génisse, la chèvre, et leur soeur de la brebis,
Avec un fier lion,seigneur du voisinage,
Firent société, dit-on, au temps jadis,
Et mirent en commun le gain et le dommage.
Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris.
Vers ses associés aussitôt elle envoie.
Eux venus, le lion par ses ongles compta,
Et dit " Nous sommes quatre à partager la proie" :
Puis en autant de parts le cerf il dépeça :
Prit pour lui la première en qualité de Sire :
"Elle doit être à moi, dit-il : et la raison,
C'est que je m'appelle lion :
A cela l'on n'a rien à dire.
La seconde,  par droit, me doit échoir encore :
Ce droit, vous le savez, c'est le droit, du plus fort.
Comme le plus vaillant, je prétends la troisième
Si quelqu'une de vous touche à la quatrième :
Je l'étranglerai tout d'abord."

 

 

La génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion

 

Jean de la Fontaine 

 

 


Echappé de son enclos, l'animal a pénétré dans une habitation où, épuisé, il est allé s'endormir sur le tapis de la chambre de la propriétaire des lieux !

À la faveur des derniers jours d’automne, survint un événement aussi insolite qu’inattendu. Au hameau de la Mausse, une chèvre broutait paisiblement. Soudain, éprise de liberté, elle mordilla tant et si bien la corde qui la maintenait prisonnière, qu'elle se libéra de son attache et s’élança à flanc de coteaux  jusqu'au village de Berlou.

Pendant ce temps, à Berlou, Aurore, confortablement assise dans son fauteuil, regardait la télévision, quand soudain, son regard fut intrigué par deux petits yeux brillants qui semblaient l’épier dans la nuit à travers la vitre de la porte d’entrée. Plus curieuse que craintive, elle courut ouvrir la porte et, stupéfaite, elle ne put retenir une chèvre qui en un clin d’œil traversait le salon et s’engouffrait dans la chambre où, manifestement épuisée par sa course folle, elle s’affalait sur le tapis avant de s’endormir profondément

 




02/02/2013
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